Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
14 novembre 2016 1 14 /11 /novembre /2016 12:48

(article publié sur Outsider Mag le 13/10/14)

On sait que les Napolitains sont de grands amateurs de football et évidemment les camorristes (comprenez les membres de clans de la Camorra, la mafia de Naples et de sa région, la Campanie) ne dérogent pas à la règle avec le boss de clan qui parade dans son quartier accompagné de Mario Balotelli ! Ou encore, nous pouvons parler du camorriste en fuite, pris en flag lorsqu’il regardait un match du Napoli depuis le bord de la pelouse. On pensait avoir tout vu, mais non il y a encore mieux.


En avril dernier, trois leaders camorristes du clan Amato-Pagano (un des clans les plus dominants à Naples, originaire de Secondigliano un quartier du nord-est de la ville et acteur important des dernières guerres mafieuses depuis 10 ans), actuellement en prison pour une affaire de règlement de compte, sont accusés par des repentis d’être les instigateurs d’un assassinat, celui de Carmine Amoruso tué le 5 mars 2006 dans une salle de bingo à Mugnano (sur fond de guerre de clans à Scampia, un quartier de Naples). Les policiers s’appuient notamment sur les déclarations de deux repentis camorristes et collaborateurs avec la justice, Antonio Parolisi et Andrea Pica. « C’est Rito Calzone qui était à Mugnano ce jour-là », affirment les deux hommes.

Or les avocats des trois prévenus viennent de faire parvenir au juge une série de photos où l’on voit les trois compères prendre la pause en photo avec des joueurs de football de Chelsea (Crespo, Lampard et Morais) ainsi qu’avec leur entraineur José Mourinho (enfin lui il n’a pas posé, il avait l’air pressé).

 

Rito Calzone à gauche, Mourinho, Carmine Amato et Carmine Pagano (credits Roma)

Rito Calzone à gauche, Mourinho, Carmine Amato et Carmine Pagano (credits Roma)

Mais ça prouve quoi me direz-vous ? Et bien, ces photos ont été prises entre le 3 et le 6 mars 2006 à Barcelone dans l’hôtel où est descendue l’équipe de Chelsea avant d’affronter le FC Barcelone en ¼ de finale de la CL. Et ces photos ont même été publiées dans le quotidien « Roma » (qui est un journal napolitain même si ne ça saute pas aux yeux). C’est Fabio Postiglione, le chroniqueur judiciaire du quotidien qui a découvert ces photos.  Il a été le 1er à les publier.

L’hôtel a été dûment identifié et un ressortissant espagnol a témoigné de la présence des 3 hommes à l’hôtel. Pour les avocats, il n’en faut pas plus pour demander au juge la libération immédiate de leurs clients. Les 3 hommes Carmine Pagano, Carmine Amato et Rito Calzone ont en plus donné les factures de leur séjour de 3 jours dans cet hôtel à 7000 € la nuit et par personne ainsi que les billets d’avion attestant de leur voyage. Honnêtes.

 

Calzone à gauche avec des joueurs de Chelsea (dont Crespo) (credits Roma)

Calzone à gauche avec des joueurs de Chelsea (dont Crespo) (credits Roma)

L’affaire est depuis plusieurs mois entre les mains du Procureur général. Il décidera ou non de l’abandon ou de la poursuite des accusations dans cette affaire. En tout cas, l’alibi des trois hommes ne manque pas d’originalité.


 

Calzone avec Lampard (credits Roma)

Calzone avec Lampard (credits Roma)

Rito Calzone est un homme bien connu à Secondigliano et son frère – Carmine – est l’un des leaders du quartier. De surcroît, son nom a déjà été associé à des incidents liés à des matchs de foot.

Un dimanche matin, le 31 août 2008, c’est le premier match de la Serie A : Roma-Napoli. Plus de deux mille ultras partenope sont présents dans le train qu’ils ont plus ou moins « emprunté » en poussant quelque peu les voyageurs. Puis rixes, bagarres. En tout, quatre employés des chemins de fer sont blessés. Ils arrivent ainsi dans la gare de Rome. Les images font alors le tour du monde. Au premier plan, un homme exhorte et encourage tous ses comparses à sortir du train. Mais il réalise qu’il est recherché et couvre son visage avec une écharpe. Cet homme, c’est Rito Calzone, 34 ans à l’époque. Il n’est pas arrêté après les affrontements, mais le 1er septembre 2009, il finit en prison pour assassinat. Il est accusé d’avoir tué Antonio Pitirollo, le cousin de Hugo De Lucia, le tueur attitré du clan Di Lauro (ex-clan régnant de Scampia mis à mal lors d’une guerre mafieuse au milieu des années 2000) et condamné à la prison à vie pour l’assassinat de Gelsomina Verde (une jeune femme innocente tuée par les Di Lauro parce qu’elle était la petite amie d’un membre du camp adverse).

 

Napolitains à la station Termini de Rome.

Déjà arrêté pour détention d’armes avec quatre autres complices, puis libéré par la Cour de révision, il est — cette fois-ci — arrêté seulement deux jours après le crime. Calzone est accusé par un témoin oculaire. Il est pointé du doigt avec son frère Carmine (qui est arrêté en juillet 2009). Il échappe à une embuscade le 23 février 2008 où il est blessé au bras. Nous retrouvons les deux frères sur le banc des accusés en mai 2010 lors du gigantesque procès des « dissidents de Scampia ». Ce jour-là, lui et son frère sont condamnés : 11 ans et 4 mois pour Carmine et 14 ans pour Rito.

De fait lors des graves incidents survenus durant le déplacement à Rome du 31 août 2008, de nombreux ultras napolitains interpellés par la Police ont déjà des antécédents judiciaires en lien avec des groupes camorristes. La police — après vérification — a indiqué que parmi les tifosi, beaucoup font l’objet d’une enquête. 260 sont fichés pour infractions aux lois sur les stupéfiants, 419 pour vol, cambriolages, 218 pour agressions, 70 pour détentions d’armes et 71 pour violations de lois sur l’ordre et la sûreté publique.

Les ultras napolitains ont d’ailleurs organisé quelques jours plus tard une manifestation d’ampleur pour protester contre cet amalgame fait par le Ministère de l’Intérieur en portant un tee-shirt sur lequel était inscrit « Io ho precedenti penali » (qu’on peut traduire par « j’ai des antécédents » /

Manifestations des ultras napolitains

Ces liens sont connus, mais ils sont beaucoup plus complexes qu’il n’y paraît, liens familiaux comme pour le fameux Genny la Charogne (dont le papa a fait partie du clan Misso), liens commerciaux sur le business des parcheggiatori (parkings) près du stade ou des marchands ambulants de produits dérivés du club (et qui le pénalise grandement) ou du trafic de stupéfiants. Aujourd'hui chaque groupe napolitain se doit d'avoir un référent camorriste (à l'image du fameux Bandito des Fedayn) en son sein afin de pérenniser sa présence au stade.  Les connivences sont légion et même avec les joueurs du club, l’ombre de la Camorra est partout dans cette cité ensoleillée.

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Desmoulins - dans Camorra
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Blog à part
  • : Si ça ne vient pas de l'AFP c'est que ça n'est pas réellement arrivé!
  • Contact

Recherche

Pages