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6 décembre 2016 2 06 /12 /décembre /2016 16:21

Article publié sur Outsider Mag le 3 novembre 2014

Nous sommes en décembre 2005 en Australie. Et c’est un beau bordel. Au plus fort des tristement célèbres émeutes anti-lebs (anti libanais), les Bra Boys sont alors en 1re ligne des échauffourées. Un signe des temps. Des gentils surfeurs aux discours xénophobes, ça détonne. Même en Australie, terre d’immigration s’il en est. Ces émeutes entre Aussies et Westies ont éclaté après plusieurs agressions entre surfeurs/sauveteurs et des Libano-Australiens.

À la mi-décembre après 3 jours d’émeutes, les leaders des Bra Boys tiennent une conférence de presse avec ceux des Comancheros, un gang de bikers dont les membres sont en majorité libanais afin de calmer les esprits. Ils s’improvisent peacemaker. Ils sont pourtant loin de l’être, une raison de plus afin que le message passe. Les Australiens n’ont pas attendu les émeutes pour découvrir les Bra Boys. Depuis les années 90, ils ont une belle réputation de voyous. Mais ces événements vont mettre à jour le phénomène récurrent de l’appropriation des plages par certains groupes de surfeurs violents machos et bodybuildés, notamment sur les spots de la banlieue sud-est de Sydney de Cronulla à Maroubra. Maroubra — la zone exclusive des Bra Boys — est aussi un spot reconnu et apprécié des surfeurs, lieu de compétition comme en 2004 pour le Snickers Australian Open, remporté par Kelly Slater. Bref, la plage est belle, mais le coin est un peu perdu et certains osent même parler d’un ghetto. A priori, ça ressemble à une zone résidentielle des plus banales, mais passons. C’est ici que les Bra Boys sont implantés depuis le début des années 90. Depuis plusieurs années, la bande est dirigée par les frères Abberton : Sunny, Jai, Koby et Dakota.

Les Bra Boys et les Comancheros

Les Bra Boys et les Comancheros

C’est là où la confusion commence. Pourquoi ? Ces 4 loustics sont (ou ont été) de vrais surfeurs professionnels et pas seulement une bande de merdeux qui se baladent avec leur planche sous le bras après avoir fait des altères toute la journée sous le cagnard. Pour eux, le surf est un mode de vie, une communauté. C’est une zone à protéger contre l’invasion des « méchants étrangers ». La plage, c’est leur cité. Une vision un brin grégaire qui est réelle à propos de nombreuses plages australiennes. Alors âge de 16 ans, Sunny – l’aîné – se classe 4e de l’« Australian Scholastic Titles » à Victoria en 1989. Cette place lui ouvre alors les portes du fameux World Tour WCT, le circuit professionnel du surf mondial. À cette époque, la compétition est outrageusement dominée par les Australiens avant l’arrivée des Américains : Tom Curren et Kelly Slater. Mais avant de s’engager dans cette aventure, Sunny créé les Bra Boys (le Bra pour Maroubra) afin qu’ils veillent sur la plage et sur la communauté. Les frères se font tatouer leur adage « My Brother’s Keeper » (à traduire le gardien de mon frère). 
Mais sans le grand frère, Jai et Koby ont du mal à s’assagir. Il faut dire que les types ne sont pas spécialement aidés. Leur mère est héroïnomane (le dernier né – Dakota – en souffrira dès sa naissance en 1990) et vit avec son copain criminel (qui n’est pas le père biologique des 3 gosses). L’ambiance à la maison est tendue. Les Abberton passent leur temps chez leur grand-mère, Mavis aka Ma, qui ouvre sa maison de plage – le plus souvent possible – aux frérots et leurs potes.

Bois, bastonne et surfe : l’histoire des Bra Boys

Koby, un des meilleurs surfeurs de grosses vagues du pays

Bien des années après, Koby frappe son beau-père avec une batte de baseball. Sunny l’emmène chez lui au calme et lui demande « de se concentrer uniquement sur le surf ». Sous une bonne influence, Koby devient rapidement l’un des meilleurs surfeurs du pays. Sa spécialité ? Les grosses vagues. Huge ! C’est d’ailleurs la grande spécificité de la bande réunissant entre 150 et 200 types. Ils sont unanimement reconnus grâce à ce talent bien spécifique, figurant en règle général en bonne place dans les vidéos de surf. Pendant un moment, c’est la belle vie. Mais le combo incessant et routinier du surf (surf, baston, alcool, drogues, violences) fait des Bra Boys, une bande redoutée dans le collimateur de la police. Justement, les problèmes judiciaires ne vont pas tarder à leur tomber sur le râble.

En 2003, Jai est impliqué dans le meurtre d’un membre de la pègre locale, Anthony Hines. Ce dernier aurait menacé Jai et sa copine de les tuer, car il pensait que le membre des Bra Boys couchait avec sa femme. Le second frère de la fratrie Abberton est alors toxicomane. Il vient de se faire jeter d’un centre de désintoxications après un contrôle positif. Durant son arrestation, il est prouvé que les flics ont utilisé leur taser près de 3 fois sur Jai ! Et tout ça au poste de police. Évidemment, cette histoire va peser au procès. En 2003, il est acquitté. Puis en 2005 à la suite de son appel, le tribunal conclut qu’il était en état de légitime défense. Koby est également cité à comparaître. Il est accusé de complicité, mais plaide non coupable. Un an après, retournement de situation, il plaide finalement coupable malgré l’acquittement de son frère. Le juge demande alors la détention de Koby durant 9 mois pour entrave à la justice. Durant ses déboires judiciaires, le surfeur perd de nombreux sponsors. Une perte avoisinant les 250 000 dollars australien annuels ! À sa sortie, Koby reprend sa vie de patachon. En 2006, il est déclaré en faillite avec des dettes de plus d'1 million de dollars australiens. En 2008, il agresse un policier hors service dans une boîte à Honolulu. Retour à la case prison durant 3 jours.

Bois, bastonne et surfe : l’histoire des Bra Boys

Russell Crowe en narrateur. Bien ou bien ?

De tous les frères Abberton, Sunny est le seul qui n’a pas de casier judiciaire (jusque là). Il entend bien laver le nom de la famille de Maroubra. Il entreprend de produire un documentaire à sa gloire et celle des Bra Boys. Il veut insister sur leurs bienfaits et pousse ses frères à l’exemplarité. En 2007, le documentaire mythique « Bra Boys : Blood is Thicker than Water » voit le jour. Sunny a mis toutes les chances de son côté avec Russel Crowe himself comme narrateur (qui niveau bastons et picole ne donne pas sa part aux chiens). Kelly Slater – sextuple champion du monde de surf et véritable icône – apparaît dans la vidéo. Un coup de maître ! Le documentaire passe de partout et fait la renommée et la légende vertueuse des Bra Boys. Tel un Jules Michelet, Sunny s’invente un mythe et celui de ses frères. Ce sont maintenant des saints qui soutiennent la communauté (ben ouais ! Bra = soutien-gorge… désolé). Ils protègent la veuve et l’orphelin. Ils font passer Maroubra pour le pire ghetto pire que les Townships sud-africains, les favelas brésiliennes et les barrios argentins réunis. La vidéo a suscité beaucoup de critiques et de rire, mais elle a été diffusée mondialement. C’est disponible sur YouTube.

Mais cette opération de lobbying forcené n’a pas suffi pour le plus jeune frère, Dakota, 20 ans à l’époque. Le petit Abberton souffre d’un léger retard intellectuel dû à la dépendance de sa mère à l’héroïne dès sa naissance. Il est le plus fragile des 4. En 2010, il s’illustre par sa bravoure en agressant une jeune femme et l’éborgne. La victime avait demandé à une jeune femme, membre de la famille Abberton, de se pousser de son scooter où elle était assise. Dakota réagit au quart de tour. Dès lors, il s’en prend à la femme ainsi qu’à deux passants venus en aide. Le scooter est endommagé et le sac de la victime est volé. Plus tard, une perquisition au domicile de la famille Abberton permet de découvrir de petites quantités de cannabis et de méthylamphétamine. En mars 2011, Dakota est mis en examen pour agression, violences aggravées, possession de drogues, etc. Or, son procès n’a lieu qu’en février 2013. Entretemps, il est détenu dans un centre de correction intensif (ICO). Le juge ordonne 21 mois d’emprisonnement, mais estime que cette peine a déjà été effectuée en ICO. Dakota est en liberté, tout joyeux comme on peut le voir sur la photo.

Bois, bastonne et surfe : l’histoire des Bra Boys

Déjà un an plus tôt, en contact avec les gangs de motards, les « Bra Boys » sont impliqués dans une série de délits notamment des agressions et des affaires de stupéfiants. En septembre 2009, plusieurs membres du gang sont arrêtés à propos d’une affaire de trafic de cocaïne via l’aéroport de Sydney (aucun des frères n’est inculpé). En mai 2014, un membre des Bra Boys est arrêté lors d’un coup de filet contre un réseau de trafic international de drogues, toujours en connexion avec les motards et le crime organisé taïwanais.

Malgré tous les déboires, la côte de sympathie pour les Bra Boys (et les surfeurs en général) est toujours plus haute. Leur esprit communautariste et « libre » a façonné une image indémodable. Il serait faux d’insinuer que les Bra Boys n’ont produit que des malfrats. Mark Mathews (surfeur) ou encore les rugbymen John Sutton et Reini Maitua en sont la preuve vivante. Pourquoi la bande a su canaliser certaines énergumènes et pas d’autres ? C’est toute l’ambivalence des personnalités et des caractères qui composent cette équipe. Le surf est toujours une histoire de rédemption, d’échecs et de réussites. Le tout est de toujours remonté sur sa planche, coûte que coûte. Bien plus qu’une passion, un style de vie.

 

MAJ

En mode épilogue, en juillet 2016, un membre bien connu des Bra Boys Nathan Rodgers plaide coupable de trafic de cocaïne devant un tribunal de Sidney. Dans cette affaire il était impliqué avec deux membres de la pègre moyen-orientale de la ville. Ils avaient été arrêtés en mars 2014 lors de l'opération "Taipan" qui avait ciblé un réseau impliquant des trafiquants libanais et iraniens et des bikers.

Le crime ça rapproche les gens.

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Published by Desmoulins
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