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2 mars 2017 4 02 /03 /mars /2017 20:12

En huit mois, Vito Rizzuto a réussi le pari de faire revenir son clan au plus haut  à Montréal. 
Tous les observateurs imaginaient impossible que Vito puisse de nouveau régner en maître tant son clan a été malmené, décimé, piétiné par des adversaires coriaces, revanchards et belliqueux. S'il a pu réussir ce tour de force  c'est surtout grâce à son aura, de son temps, le Milieu était souvent calme, bien tenu, prospère et pour ça le milieu criminel n'a jamais la mémoire courte.  Mais il aura fallu tout de même quelques coups de semonces et quelques cadavres pour s'imposer dans ce bassin d'alligators. Imaginez tout de même qu'il est resté 9 ans en prison aux USA. 
À la suite de son arrestation en janvier 2004, et plus particulièrement de son extradition vers les États-Unis deux ans plus tard, «le sang a coulé», comme il l'avait lui-même prophétisé aux policiers de la GRC qui l'escortaient.
Depuis janvier 2004, au moins 40 meurtres, 18 tentatives de meurtre, huit enlèvements et deux disparitions liés au crime organisé italien sont survenus à Montréal et les environs. C'est l'épisode le plus sanglant de l'histoire de la mafia montréalaise. Vito Rizzuto a lancé un appel au calme vers la fin mars 2013 et après des négociations datant d'il y a environ 3 semaines avec les représentants de Desjardins, on en est au stade de la réflexion.
Depuis, il dirigerait ses affaires, de Montréal ou de la République dominicaine, et aurait même amorcé des discussions de paix avec ses ennemis les plus farouches. Il tenterait même d'étendre son influence en Sicile si l'on se fie à un article du journal italien La Reppublica qui l'a décrit comme «le chef incontesté de la Cosa Nostra canadienne».
À Montréal, Vito Rizzuto est vu régulièrement sur un terrain de golf ou dans un restaurant du centre-ville, le soir venu. Ses sorties restent discrètes et ce sera le cas tant que son honneur ne sera pas lavé, que les meurtres des membres de sa propre famille ne seront pas vengés. 
Lors de la comparution des 26 individus arrêtés la semaine dernière à la suite du démantèlement d'un réseau de trafiquants de drogue, les accusés étaient défendus par des avocats qui ont représenté des clans ennemis au cours des dernières années - un autre signe de la détente qui règne actuellement dans la mafia. (La Presse)

Vito Rizzuto tranquillou (JDM)

Vito Rizzuto tranquillou (JDM)

Le 20 juin, un homme a été retrouvé mort dans une zone rurale à 50 km à l’ouest de Montréal). La victime, identifiée comme étant William Robinson, 23 ans, était cagoulée et ses mains étaient liées. Il avait été arrêté en décembre dernier lors du démantèlement de 2 réseaux de trafics de stupéfiants : l’opération Stéthoscope (ciblant le crime organisé irlandais) et l’opération Narco (ciblant Salvatore Scoppa). Robinson devait passé en jugement en septembre pour trafic de drogue et détention d’armes.

Le 2 juillet 2013, c'est un autre gang qui est touchée par la violence dans ce qui ressemble à une lutte interne là aussi, je parle du Gang de l'Ouest, l'organisation criminelle rassemblant notamment les irlandais et autres «québecquois de souche».
Ce jour-là, plusieurs tueurs ont pénétré dans un bar du quartier LaSalle de Montréal et ont fait feu sur deux frères. Jamie Laramée, 37 ans, qui a été tué sur place et Cody, 25 ans, décédé plus tard à l’hôpital.
Si Cody n’est connu que pour une affaire de port d’arme en 2006, Jamie était considéré comme un futur leader au sein du «Gang de l’Ouest». 
Il était également lié à la mafia : en 1999, il avait été condamné à 24 mois de prison pour homicide involontaire. Avec un complice, Pietro D’Adamo (un proche du clan Rizzutto, il avait passé à tabac Michael Pugliese, 34 ans, pour une dette de drogue. L’homme était décédé quelques jours plus tard à l’hôpital. Jamie Laramée était également un proche de Shane Kenneth «Wheels» Maloney, arrêté en novembre dernier lors du démantèlement d’un réseau trans-canadien de stupéfiants, associant Gang de l’Ouest et Hells Angels. Certains observateurs présentaient alors Maloney et Laramée comme les héritiers du clan criminel des frères Matticks (le gang de l'Ouest ndlm), figures incontournables des trafics sur le port de Montréal depuis les années 60.
Les enquêteurs s’interrogent également sur un lien possible entre les meurtres des frères Laramée et l’exécution de William Robinson, 23 ans. 
Parmi les personnes qui se trouvaient sur place en compagnie des Laramée le soir du meurtre, il y avait Peter Mountakis et Anthony Pugliese, le fils de Michael Pugliese, avec qui il semblait ne bon termes !!!
Mountakis aurait été frappé au visage à coups de crosse d'arme à feu au cours de la fusillade. Aux funérailles des Laramée, le motard Salvatore Cazzetta (dont on parlera plus tar plus en détails) et Tony Volpato, un proche de la mafia étaient présents.
En tout cas, la police locale n'avait pas besoin de cet énième règlement de comptes, et ce alors que le conflit mafieux semblait sous l'éteignoir. Cependant, tant que les proches de Vito assassinés durant son séjour en prison ne seront pas vengés, on peut s'attendre à du remou prochainement.

Assassinats des frères Laramée (La Presse)

Assassinats des frères Laramée (La Presse)

Le 3 juillet vers 6h30 du matin, un homme armé d’un pistolet-mitrailleur équipé d’un silencieux s’est présenté devant le domicile de Tony Magi. Il a préféré prendre la fuite, abandonnant sur place son arme, face à 2 gardes du corps, pourtant non armés, placés dans un véhicule blindé devant la maison de Magi.  Allez comprendre....

Le 8 juillet, on apprend que Giuseppe «Ponytail» De Vito est décédé dans un hôpital de Québec après avoir été trouvé inconscient dans sa cellule du pénitencier de Donnacona où il était détenu pour trafic de cocaïne. Il a été vu vivant vers 23h et c’est lors d’une ronde qu’il a été trouvé inanimé vers minuit. Il est décédé vers 1h30 du matin. Son corps ne comporte pas de traces de violence mais après autopsie, la cause de la mort est établie, un empoisonnement au cyanure. Depuis plusieurs semaines, on savait qu'un contrat contre lui était toujours d'actualité. En 2012, il avait même été placé à l’isolement en détention. 
Mais alors qui ? Rizzuto probablement qui lui a fait payé cher sa trahison au profit de Raynald Desjardins.

Giuseppe De Vito (La Presse)

Giuseppe De Vito (La Presse)

Si le conflit semblait réglé, les comptes eux ne devaient pas être soldés car les morts vont continuer à s'amonceler. Le 12 juillet à Toronto deux hommes sont abattus près d’une fête rassemblant 500 personnes. L’une des victimes est James Tusek, 35 ans, connu surtout pour son implication dans un important réseau de plantation de marijuana dans la région de Niagara. Tusek était un ami de l’autre victime : Salvatore «Sam» Calautti, lié à la ‘Ndrangheta canadienne. Gérant d’une pizzeria, Calautti apparaît dans plusieurs affaires de règlements de comptes. Il est ainsi inculpé en 1996 pour le meurtre de Giuseppe Conguista, mais acquitté en 1997. Il est également soupçonné du meurtre le 3 octobre 2000 de Gaetano «Guy» Panepinto, représentant à Toronto du clan Rizzuto de Montréal. Calautti soupçonnait Panepinto d’être responsable de la disparition de ses amis en mars 2000, les cousins calabrais Domenic «Mico» Napoli et Antonio Oppedisano, suite à un conflit sur un territoire de machines à sous. Des représentants de la ‘Ndrangheta étaient même venus de Calabre pour enquêter sur ces disparitions, rencontrant Vito Rizzuto. Mais plus important encore, Calautti fait aussi partie des suspects dans le meurtre de Nicolo Rizzuto, le père de Vito.  Pour les enquêteurs, pas de doute, le clan Rizzuto est derrière ces meurtres, «la vengeance est un plat qui se mange tout de suite» comme le dit le grand scénariste Morsay.

Salvatore Calautti (Toronto Sun)

Salvatore Calautti (Toronto Sun)

Le 31 août, c'est un jeune mafieux de 22 ans, Claudio Marco Campellone, qui est blessé par balles alors qu’il sortait de son véhicule. Il a réussi à rejoindre un hôpital où il a été soigné. A l’arrivée de la police, il a refusé de collaborer. Quelques jours avant cette tentative de meurtre, Campellone avait plaidé coupable dans une affaire de stupéfiants. En décembre 2011, il avait été arrêté pour trafic de cocaïne avec son frère lors de l’opération «Abduction». Le réseau, qui écoulait 7 kg de cocaïne par semaine, était dirigé par Emanuele Padula, sous la bénédiction du caïd Giuseppe «Ponytail» De Vito. 

Dans le même temps la guerre intergénérationnelle actuellement au sein de la mouvance des «Bloods» s'intensifie. Il semblerait que la jeune génération chercherait à se trouver une place face aux «vieux» gangsters, désormais associés à la Mafia montréalaise.
Le conflit a éclaté le 7 septembre quand 7 à 8 hommes, affiliés au nouveau gang «Zone 43», passent mortellement à tabac Jean-Romel Victor, 35 ans, à la prison de Rivière-des-Prairies. Connu pour trafic de marijuana et de cocaïne, Victor était le vice-Président de MFG (pour Money First Gangsters), société de production de rap. Parmi les autres actionnaires de MFG, on relève les noms de James Johnson Blot (considéré comme le lieutenant de Chénier Dupuy, abattu en août 2012) et d’Edrick Antoine (accusé du meurtre en janvier 2013 de Gaëtan Gosselin, bras-droit du caïd mafieux Raynald Desjardins).
Le lendemain du meurtre de Victor, des coups de feu sont tirés contre un immeuble où vit des proches d’un des membres de «Zone 43» impliqué. Le 17 novembre, une fusillade a lieu dans un bar de Laval (banlieue de Montréal), lors d’un concert d’un chanteur jamaïcain, organisé par MFG. Un membre de «Zone 43» est blessé à la jambe. Dans cette affaire, la police arrête James Johnson Blot, 35 ans, pour non respect de ses conditions de liberté conditionnelle pour avoir été en contact avec un membre de la mafia.

La vengeance implacable du clan Rizzuto continue de frapper «les traitres» voire même les «indécis», le 11 novembre, Moreno Gallo, 67 ans, mafieux d’origine calabraise, est abattu de plusieurs balles de 9 mm alors qu’il était attablé dans un restaurant italien d’Acapulco au Mexique.
Gallo agissait comme tueur pour le compte du clan calabrais des Cotroni. Libéré en 1984, sa conditionnelle avait été révoquée en 2007. Il avait en effet été vu (et parfois filmé) à 72 reprises au «Café Consenza», le QG du clan Rizzuto à Montréal. Les surveillances avaient eu lieu entre 2001 et 2006, lors de l’enquête «Colisée» qui a ciblé la mafia montréalaise. Lors de la guerre pour le contrôle de la pègre montréalaise en 2010-2011, Moreno s’était rangé dans le camp de Salvatore Montagna, abattu en novembre 2011. Les Rizzuto ne lui ont jamais pardonné ce «faux» pas et il l'a payé de sa vie.

Moreno Gallego (Libertad Guerrero Noticias)

Moreno Gallego (Libertad Guerrero Noticias)

En novembre, la Sûreté du Québec interpelle 2 nouvelles personnes pour le meurtre de Salvatore Montagna, abattu le 24 novembre 2011 près de Montréal. 6 personnes, dont le caïd Raynald Desjardins, ancien proche de Vito Rizzuto, sont déjà accusés dans cette affaire. Les 2 nouveaux suspects sont :
- Steven Fracas, 29 ans, considéré comme un ami de Vittorio Mirarchi, principal lieutenant de Desjardins et Steven D’Addario, 36 ans : il est lié à Giuseppe Colapelle (abattu le 1er mars 2012), lieutenant de Giuseppe «Ponytail» DeVito (allié à Desjardins).

Roger Valiquette (JDM)

Roger Valiquette (JDM)

Et comme on en avait pas eu assez, le 18 décembre, Roger Valiquette, 54 ans, est tué près de son véhicule sur le parking d’un restaurant de Laval (banlieue de Montréal). Il était considéré comme un acteur de plus en plus important au sein de la pègre montréalaise. Il était en attente de son procès pour une affaire de menace de mort et voies de fait avec utilisation d’une arme à feu.
Dans les années 70, il avait été proche du caïd Raymond Desjardins, à l’époque où il était associé au clan calabrais de Montréal. Il était aussi proche des Hells Angels et son nom était apparu en 2009 dans l’enquête «Diligence» sur l’infiltration du gang de motards dans le secteur de la construction. Considéré comme le plus important prêteur (légal et illégal) de la région de Montréal, Valiquette s’était associé à Tonino Callochia, lui même la cible d’une tentative de meurtre le 1er février dernier. Les 2 hommes se seraient notamment alliés pour prendre le contrôle du quartier montréalais de Rivière-des-Prairies, un territoire précédemment contrôlé par Giuseppe De Vito.

Mais le plus grand coup de théâtre est encore à venir en cette fin d'année, une chose inimaginable va arriver : le décès de Vito Rizzuto qui souffrait secrétement d'un cancer, dans un hôpital de la ville à la suite d'une pneumonie le 23 décembre 2013. 
Personne ne se doutait qu'il souffrait d'une telle maladie, le choc est total et le milieu criminel, déjà exangue, n'en a pas fini de s'agiter. Le Parrain est mort et al guerre de succession va reprendre de plus belle.

(Toronto Star)

(Toronto Star)

(Credits et Sources : La Presse, Le Journal de Montreal, Montreal Gazette, Crimorg, Canoë)

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Published by Desmoulins - dans Mafia Canada
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