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13 avril 2017 4 13 /04 /avril /2017 14:48

«Jack Molinas était probablement le plus grand truqueur de matchs de basket-ball de l'histoire, le Méphistophélès des sports universitaires». C'est ainsi que le journaliste du New York Times Eric Konisgberg présente Jack Molinas, un obscure joueur universitaire américain qui réussira néanmoins à jouer 1 saison pro en NBA entre 1953-54. Entre 1957 et 1961, il n'avait pas moins de 27 programmes collégiaux dans la combine, y compris St John's et l'Université de l'Alabama, et a réussi à truquer les résultats d'au moins 43 matchs, menant à l'arrestation de 37 joueurs et l'humiliation de plusieurs autres (on parle de 476 joueurs). Récit de cet incroyable histoire qui a failli détruire le sport universitaire américain.

Molinas est né le 31 octobre 1931 à New York, il est juif issu des classes moyennes du Bronx. on sait peu de choses de sa jeunesse, il fait ses études au lycée Stuyvesant dans le sud de Manhattan. Il va ensuite à l'Université Columbia en 1950 pour y jouer avec l'équipe de basket. Il y établira un record d'équipe pour Columbia avec le plus grand nombre de points marqué en un match (record qui sera battu quelques années plus tard par la génération Chet Forte en 57 l'homme qui finira joueur NCAA de l'année devant Wilt Chamberlain). Il sortira diplômé en 1953. Il fait partie des 18 joueurs draftés cette année là par les équipes NBA. Il est choisi au 1er tour en 4ème position par les Pistons de Fort Wayne. Il n'y jouera qu'un an.

 

(Jack Molinas (source : Ozy)

(Jack Molinas (source : Ozy)

De vieux démons

Molinas participe à 29 matchs avec les Fort Wayne Pistons avant d'être banni à vie de la NBA après que les instances apprennent que Jack pariait alors qu'il était à Columbia.

Molinas est une sorte de double prodige à la fois dans les paris et le basket-ball. Déjà au lycée il travaille avec un bookmaker lié à la mafia. Il parie contre sa propre équipe, fait exprès de rater ses tirs et à d'autres moments il parie sur eux alors il joue dur, tout en restant maladroit intentionnellement afin de ne pas mettre plus de points que ce qui a été prévu. Pour Molinas, jouer dans un jeu de balle truquée était plus exaltant que de jouer sans tricher. Pourtant le bonhomme à des apttitudes physiques épatantes : 1m98, 91 kg, de très bonnes mains et un crochet coup de feu qui fait de lui un joueur redoutable près du panier, Molinas a été, brièvement, l'un des prospects (jeunes universitaires) les mieux noté avant la draft 1953.

(Ozy)

(Ozy)

En 29 matchs avec les Pistons, il inscrit 350 points, prend 209 rebonds et fait 47 passes.

Sa carrière de basketteur pro finie, Molinas ne s'en laisse pas compter, doué pour les rebonds, il sait faire face aux caprices du destin.

Ayant lui-même corrompu son succès dans sa jeunesse, Molinas commence à voyager d'un campus à un autre avec un acolyte du Bronx Joe Hacken, afin de corrompre les acteurs du sport universitaire avec des prostituées et des liquidités. À l'époque, il n'y avait pas beaucoup d'argent honnête à faire du basket-ball, Molinas s'est vu offrir seulement 10 000 dollars pour son année de basket-ball professionnel.

Alors imaginez ce que propose Molinas à de jeunes hommes dont peu auront l'occasion de jouer pro. Les étudiants qu'il a recrutés peuvent se faire de 1000 dollars pour le travail d'une seule nuit. Molinas multipliait les possibilitées de paris. À son niveau, lui et ses partenaires gagnent 50,000 dollars par semaine.

Son réseau s'étend, il s'acoquine avec un capo mafieux Vincent «The Chin» Gigante, un ex boxeur pro qui travaille pour le boss Tommie Eboli de la famille Genovese. Hacken est un vieux complice de Molinas et le demi frère de Cornelius Kelleher, un des plus gros joueur/parieur de Manhattan. Il avait déjà été impliqué dans un scandale de paris touchant le Manhattan College en 1951.

On raconte qu'un après-midi précédant un match entre l'Alabama et de Tulane en 1959, Molinas est constamment au téléphone avec les bookmakers et les gangsters dans différentes villes, et avec le joueur star d'Alabama, Lenny Kaplan, pour leur donner diverses instructions de paris, de fixation et de gestion et ce avec une telle précision qu'il pouvait faire de l'argent sur les paris apparemment contradictoires.

Molinas est un joueur et un arnaqueur compulsif. Il organise même une fois un match de boxe en ayant un drogué un des combattant. Il a même essayé de truquer des courses hippiques en utilisant un vibreur électrique à distance qui donnerait aux chevaux une secousse de motivation dans l'arrière train. Il doute de rien !

Il a même réussi sa propre version du voyage dans le temps: grâce à une connaissance travaillant à la Con Edison, il était en mesure de réduire l'électricité qui alimentait les machines qui réinjecte les pièces des salons de paris; c'était à peine détectable, mais c'était assez pour retarder les horloges d'une minute permettant Molinas pour parier sur les courses de chevaux qui venaient de terminer.

La routourne tourne

Mais en 1961, c'est la chute. Un des associés de Molinas et Hacken, Aaron Wagman (encore un pote sorti du ruisseau du Bronx) tente «d'acheter» un joueur de football américain de l'Université de Florida Jon McBeth, qui pas dupe, en parle à son coach. A peine quelques jours plus tard un autre complice de Molinas, Joe Budin (ancien joueur NCAA devenu criminel), tente de corrompre un joueur de l'Université d'Oregon afin qu'il lâche le prochain match contre l'Université de Michigan.

En février 1961 après une défaite de 31 points face au rival de North Carolina, le coach de North Carolina State, Everett Case, est sûr que 3 de ses joueurs Muehlbauer, Niewierowski et Litchfield ont lâchés le match sciemment.Il demande au directeur du FBI de North Carolina d'enquêter. Case est le seul coach à l'époque, et encore à ce jour, à avoir fait une telle demande.

Une enquête est lancée et en mars 1961 Hacken et Wagman sont arrêtés.

Les joueurs corrompus avouent presque tous dès le premier interrogatoire. Tout le monde parle d'ailleurs sauf Hacken. En janvier 1962 c'est Molinas qui est arrêté. Jack ne s'en fait pas, il a été malin, les paris et contacts étaient pris par ses partenaires de crime. Sauf qu'il a tout de même fauté une fois, en contactant directement un joueur de Bowling Green, Billy Reed du lycée New York's Jamaica. Et re-manque de pot, Reed fait partie des 11 joueurs ayant activement participé au réseau. Les joueurs d'Utah, Bowling Green, Alabama et College of the Pacific témoignent tous contre lui.

La victime la plus notable de ce scandale est Connie Hawkins, un enfant prodige de Brooklyn qui aurait dû être le Julius Erving de sa génération, mais au lieu de ça il est renvoyé à la maison par l'Université de l'Iowa et a passé ses premiers années banni de la ABA jusqu'en 1967 et de la NBA en 1969). (Les deux leagues ont co-existé jusqu'à leur fusion en 1976). Son crime n'est pas bien gros, avoir parfois été le passager de la Buick de Molinas, d'avoir accepté 250 dollars que Molinas lui a offert car il était fauché avec la promesse de lui rembourser. D'ailleurs, Molinas et Hacken de leur prison ont toujours dit que Hawkins n'était au courant de rien et qu'il n'avait jamais été corrompu. En 1965, Hacken écrit même au New York Post pour plaider de l'innocence de Hawkins. D'autres joueurs pâtiront d'avoir été trop naifs comme Roger Brown de Dayton, Tony Jackson de St John, Doug Moe de North Carolina qui lui pourtant avait refusé ce pot de vin. Tous ces joueurs vont mettre des années à laver leur noms et à jouer en professionnel.

Mais revenons en à l'épilogue de cette histoire

Molinas est reconnu coupable de corruption de joueurs de 1957 à 1961. Il est condamné à dix et à quinze ans de prison. Molinas y reste cinq ans, principalement à Attica, où il devient l'inspiration du film de Burt Reynolds, "The Longest Yard." Même pendant qu'il était en prison, il est impliqué dans un système qui utilise une machine de signature pour faire de faux chèques.

Il est libéré après cinq ans et s'installe à Hollywood pour travailler dans l'industrie du film pornographie et de fourrures en provenance de Taïwan.

Fin 1972, Tommie Eboli est assassiné, lors d'une purge interne à la famille Genovese, dans une rue de Brooklyn. Molinas qui alors dit à qui veut l'entendre que Eboli est son pote, d'un coup se fait moins bavard. Le 3 août 1975 alors qu'il se trouve dans la cour de sa maison à Hollywood Hills avec l'amour de sa vie Shirley Marcus, une fusillade éclate, Molinas est touché en pleine tête, Mme Marcus est légèrement blessé. Aujourd'hui encore on ne sait pas pourquoi on l'a assassiné. Deux jours après sa mort, Le LA Times fait le lien entre sa mort et celle de son ex partenaire d'affaires, Bernard Gusoff, tué le 15 novembre 1974. Molinas a récupéré les 500 000 dollars de l'assurance vie de son ami comme cela avait été conclu avec lui (chacun détenant l'assurance vie de l'autre) quand ils bossaient tous les deux dans la fourrure.

Plusieurs livres ont bien évidemment déjà mentionné cette histoire incroyable de ce génie du mal. Un de ses livres paru en 2003 et s'intitulant «The Wizard of Odds» de Charly Rosen (ex joueur et coach de basket qui a même joué contre Molinas) lui prête ses mots «'My so-called crimes hadn't hurt anybody except some bettors and some bookies». (mes soit-disant crimes n'ont blessés personne excepté quelques parieurs et bookmakers». Toujours à se donner le beau rôle, il en oublie même les centaines de vies tâchées par ses magouilles.

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Published by Desmoulins - dans Sport
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