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18 novembre 2012 7 18 /11 /novembre /2012 13:57

 

Dans ces 17 assassinats on retrouve des profils très éclectiques, l’entrepreneur, le nationaliste, le criminel, le notable, l’ex nationaliste affairiste ect…. Tous ces profils représentent une certaine mosaique de la Corse que l’on retrouve dans des affaires de corruption, de malversations ou de règlements de comptes. Le mythe du far-west Corse a bon dos (et il est vrai que moi-même je le déplore ironiquement avec mon titre d’article gimmick), si selon les politiques pour faire stopper ces meurtres il faut juste faire appliquer les règles dela République, nous n’avons pas fini de les entendre se lamenter sur les futurs drames qui suivront malheureusement. Il y a un Etat de droit en Corse, on n’y a pas plus facilement accès aux armes qu’ailleurs, on échappe pas plus à la justice ici que dans d’autres régions de France. Cependant c’est un fait, le crime organisé y est bien implanté, du fait de son insularité la Corse connait moultes spécificités, son insularité est en elle-même un particularisme. Ce crime organisé a ses racines, ses connivences, son omerta, ses générations de criminels s’adaptant à la répression, au business légal et à ses faces cachées. Un milieu qui ne sait que trop bien où est l’argent sur une terre qui n’en a pas beaucoup et qui est possédé à 80% par des banques ou par des non Corses bétonnant l’Ile et où le secteur tertiaire est le seul viable économiquement. C’est une terre mû par une histoire mouvementée avec les envahisseurs, une envie d’autonomie et d’indépendance farouche (et où les nationalistes y prennent source depuis des décennies), et ce même si l’Histoire retiendra aussi son patriotisme français forcené durant les guerres mondiales. Une terre de paradoxe donc. Les gens s’y entretuent parce qu’on leur donne l’alibi et le mobile en même temps. Les dès en Corse sont pipés.

 

 

Revenons donc sur les derniers évènements qui ont fait l'actualité des médias nationaux, l'assassinat de Maitre Sollacaro le 16 octobre dernier.

 

Il a été abattu de plusieurs balles dans la tête sur la Route des Sanguinaires, entre son domicile et le centre-ville d’Ajaccio. Il était arrivé vers 9h15 au volant de sa Porshe dans cette station-service où il avait l’habitude d’acheter son journal. Deux hommes à moto seraient arrivés et auraient fait feu sur lui, le touchant notamment à la tête. Une dizaine de douilles de gros calibre ont été ramassées sur place. Militant nationaliste, il était devenu avocat en 1977 et avait défendu plusieurs figures du nationalisme : Yvan Colonna, Alain Orsoni et son fils Guy, Antoine Nivagionni (abattu en novembre 2010), Gilbert Casanova (ancien Président de la CCI, condamné en 2010 à 8 ans de prison pour un trafic de cannabis par hélicoptère,…), mais aussi du banditisme traditionnel : Robert Feliciaggi, Michel Tomi, José Menconi, Francis Mariani.

 

Cet homme qui a cotoyé pendant plus de trentes ans les hautes sphères Corse (criminelle comme nationaliste) et était connu de tous pour son intégrité sans faille, là où d'autres auraient sombré dans l'univers parfois grisant de leurs clients sulfureux. Ce n'était pas le cas de Maitre Sollacaro et c'est là où le bât blesse et où la violence Corse encore une fois détonne et choque l'opinion publique à un point rarement atteint depuis l'assassinat du Préfet Erignac. Il ne trempait pas dans des affaires même s'il était évident pour certains (et probablement aussi pour ses assassins) qu'ils savaient des choses, il a été au coeur de certaines affaires retentissantes. L'affaire Yvan Colonna, bien sûr mais surtout le procès de la SMS, car il y a là de quoi faire frémir aux plus haut lieu (cf articles précédents et aussi l'excellent papier de Xavier Monnier sur les inrocks). De plus autour de ce procès les morts se sont aussi accumulés et notamment celui de l'ex fondateurs Antoine Nivagionni (assassiné avant le procès). Le 20 juin 2011 un total de 17 personnes ont été condamnées et trois relaxées (dont Yves Manunta assassiné cet année) par le tribunal correctionnel de Marseille dans l'affaire de la Société Méditerranéenne de Sécurité (SMS), un dossier d'attribution présumée frauduleuse de marchés publics à cette société de sécurité corse. L'enquête, qui avait démarrée en décembre 2006 lorsque Tracfin avait signalé des crédits importants sur le compte bancaire personnel d'Antoine Nivaggioni, mettait notamment en lumière le fonctionnement douteux de la chambre de commerce d'Ajaccio, des attributions suspectes de marchés publics en Corse ou dans le Var ainsi que le rôle joué par certains des amis de Nivaggioni pour l'aider à se procurer un faux passeport.La peine la plus lourde avait été attribuée à Jean-Claude Nativi, gérant de droit de la SMS, notamment pour escroquerie en bande organisée, abus des biens d'une SARL à des fins personnelles et recel: il a été condamné à 4 ans de prison, dont deux avec sursis et 15.000 euros d'amende.Le dirigeant nationaliste corse Jean-Christophe Angelini, ami de Nivaggioni, avait quant à lui été condamné à un an d'emprisonnement avec sursis, tout comme l'homme d'affaires Jean-Luc Schnoebelen, soupçonné comme Angelini, d'avoir aidé Antoine Nivaggioni à se procurer un faux passeport. Parmi les anciens cadres de la chambre de commerce d'Ajaccio, Raymond Ceccaldi, qui la présidait à l'époque des faits (2003-2006, il a été remplacé à l'époque par Jacques Nacer), a été condamné à trois ans d'emprisonnement, dont deux avec sursis et une inéligibilité de cinq ans.Le président de la commission d'appel d'offres de la chambre de commerce du Var, Gérard Cerruti, qui avait été réélu en 2010 à la tête de l'union patronale de ce département, avait lui aussi été condamné à un an d'emprisonnement ainsi qu'à une peine complémentaire de trois ans d'inéligibilité.

 

Il est probable que cette piste va être explorée par les enquêteurs mais un autre tragique évènement survenant moins d'un mois plus tard leur fera peut être changer de piste. En effet le 14 novembre 2012, Jacques Nacer, Président de la Chambre de Commerce et d’Industrie de la Corse-du-Sud, a été abattu de plusieurs balles par un homme cagoulé. L’assassinat a eu lieu dans son commerce de vêtements situé rue Fesch, une rue piétonne du centre-ville d’Ajaccio, à 200 mètres de la Préfecture. Nacer était considéré comme un proche d’Alain Orsoni : il était le Secrétaire Général de l’ACA (Athletic Club Aiacciu), le club de football dont le Président est Orsoni. Il avait pris la tête de la CCI en 2007, succédant ainsi à Raymond Ceccaldi. Il y a quelques moisun autre salarié de l'AC Ajaccio Charles Cervoni avait été pris pour cible par des tireurs. Ici la situation a pris un tour plus dramatique, ces règlements de comptes n'ont probablement pas pour mobile la gérance du club de foot local.

 

Qui plus est, dernièrement  Orsoni lui même s'avoue menacé dans les interviews qu'ils donnent à la volée aux médias. Menacé par qui? le Bel Alain a des ennemis on le sait, la bande du petit Bar est décimé (mort ou en prison) mais reste-t-il des éléments assez organisés et déterminés pour opérer de tels assassinats? Certains observateurs en doutent et avancent des théories plus sombres encore, depuis des années on parle d'actes de barbouzeries derrière certains meurtres, une chose difficilement vérifiable sur une île sujette à la paranoïa ambiante (et on la comprend).

 

 

On parlait de Guy Orsoni, celui-ci incarcéré depuis 2009 dans le cadre de l'instruction sur 4 assassinats en 2009 (Thierry Castola, Sabri Brahimi, Nicolas Salini et Jean-Noël Dettori) a vu 3 de ses compagnons de route interpellés.

Déjà mis en examen pour 4 meurtres commis à Ajaccio en 2009, 3 hommes ont été appréhendés le 2 octobre dernier pour non-respect des termes de leur contrôle judiciaire, ainsi qu’infraction à la législation sur les armes.
Frédéric Taddéi a été appréhendé près de Cuttoli alors que son contrôle lui interdisait de se rendre en Corse. Une arme a été découverte lors de son interpellation. Idem pour Jean-Baptiste Ottavi arrêté à son domicile de Tolla où un 357 magnum a été découvert, bien qu’il nie en être le propriétaire. Jérémy Capitta a été interpellé à Marseille. Il est notamment reproché aux trois hommes d’avoir communiqué avec Guy Orsoni dont on se souvient de la grève de la faim qu'il avait entamé avec son père en février 2012 pour protester contre les « dérives antidémocratiques » de la JIRS.

 

 

La liste s'allonge

 

 

Le même jour que l'assassinat de Maitre Sollacaro, les policiers Corses découvraient un autre cadavre celui d'un militant nationaliste, ancien du mouvement « Armata Corsa » de Jean-Michel Rossi (abattu en 2000). Le corps de Jean-Dominique Allegrini-Simonetti, 50 ans, entrepreneur en BTP, a été retrouvé sans son véhicule criblé de balles peu avant 8 h du matin à Aregno.

Le 25 septembre dernier un Corse de 40 ans, avait été interpellé dans l'est de la France lors de l'opération menée par des enquêteurs de la PJ parisienne, qui a permis la saisie d'une importante quantité de Kalachnikov et d'explosifs.

Ce quadragénaire originaire de Balagne, dont l'identité n'a pas été révélée, a été interpellé en possession de plusieurs armes à la sortie du domicile d'un des mis en cause dans le trafic et serait, selon les premiers éléments de l'enquête, un client du réseau, a précisé la même source.

Il est connu de la justice pour des affaires de droit commun et avait été entendu dans des affaires liées à Armata Corsa. Tiens, tiens.

 

 

 

Le 24 octobre, Patrick Sorba, 44 ans, a été abattu dans une station-service de Propriano (Corse-du-Sud). La voiture utilisée dans ce meurtre a été retrouvée incendiée peu après, avec des armes à l’intérieur. Sorba, connu pour des affaires de stupéfiants et de détention, était sous bracelet électronique suite à une condamnation à Bastia en août 2011 pour une affaire de stupéfiants.
La victime est le frère de Francis Sorba, blessé à la hanche et au dos sur le port de Propriano, alors qu’il rentrait d’une partie de pêche en novembre 2011. Francis Sorba, proche de la « bande du Valinco », avait été condamné à plusieurs reprises, notamment pour des vols à main armée mais aussi recel de travellers chèques volés : 8 ans de prison à Bordeaux, 5 ans à Ajaccio et la dernière fois 7 ans de prison en 1995 à Versailles. En mai 2012, son bateau avait été coulé à l’explosif dans le port de Propriano.

 

On voit qu'il n'y a pas qu'Alain Orsoni qui suscite une haine farouche, Francis Sorba lui aussi subit un acharnement incroyable, lui l'ancien de la bande du Valinco (il en était surtout un sympathisant) cette bande de criminels Corse surtout connu pour avoir fait enlever et tuer le militant nationaliste, Guy Orsoni le frère d'Alain. Doit on y voir une histoire de vendetta?

 

Le 13 octobre, trois hommes (Charles Garnero, Anthony Padovani et Alexandre Pantalacci) ont été mis en examen par un juge de la JIRS de Marseille pour : association de malfaiteurs en vue de commettre un homicide en bande organisée, association de malfaiteurs en vue de commettre un incendie criminel en bande organisée, et recel de véhicule volé en bande organisée.
Le 1er octobre, une patrouille de police veut contrôler 4 hommes se trouvant sur un parking des collines du Salario, près d’Ajaccio. A l’approche des policiers, ils prennent la fuite et seul l’un d’entre eux est interpellé.

Quelques mois auparavant, Nizar Faddaoui 25ans, avait été mis en examen. Connu des services de police notamment pour des faits de violences et d'infraction à la législation des armes, brûlé à 50%, n'avait pas pu être entendu sur le fond en raison de son état de santé.
Un deuxième homme a été arrêté dans la soirée alors que deux autres se sont présentés aux forces de l’ordre le 9 octobre : l’un a été auditionné puis libéré, l’autre, Alexandre Pantalacci (le frère ainé de la fratrie), a été mis en examen et écroué.
Selon les enquêteurs, les personnes en cause sont soupçonnées d’avoir voulu assassiner Stéphane Manunta, fils d’Yves Manunta. Ce dernier, ancien militant nationaliste, a été abattu en juillet dernier à Ajaccio. Dans cette affaire, Marc et Dominique Pantalacci, frères d’Alexandre, ont été mis en examen pour tentative d’assassinat et écroués. Les empreintes des 3 frères avaient aussi été découvertes dans un box à Ajaccio où ont été saisis, en avril 2011, des pistolets-mitrailleurs, des armes longues avec lunette de visée, des armes de poing, des cagoules, des gilets pare-balles, de la cocaïne (400 grammes), une petite quantité d’héroïne et une voiture volée.

 

le 16 octobre, un cinquième homme est entendu dans les locaux de la PJ ajaccienne. Il s'était présenté de lui-même, afin de s'expliquer sur une affaire à laquelle il se disait étranger.

À l'issue de son audition devant le juge, le trentenaire avait été mis en examen pour association de malfaiteurs, mais uniquement dans l'affaire relative au scooter volé. Il a été remis en liberté sous contrôle judiciaire, sans passer par la case JLD (juge des libertés).

 

 

Et pour terminer ce même 16 octobre, le procès en appel de la tuerie des Marronniers s’achevait à Draguignan, après une série de coups de théâtre, et un sacré pied de nez judiciaire.

En effet Ange Toussaint Federici, ex-berger et braqueur multirécidiviste, condamné en 2010 pour un triple assassinat dans un bar marseillais, repassait devant les juges. Mais un ami de l’une des victimes de la tuerie des Marronniers est venu témoigner en sa faveur. La salle fut scotchée par ce coup de théâtre. L’avocat général, de son côté, devait jubiler en l’entendant déposer. Il ne pouvait ignorer qu’un piège était en train de se refermer. Depuis juin, la police était au courant de la préparation du témoignage de Karim Boughanemi, payé 130 000 euros pour cela. Une partie de l’argent avait été versé la veille de sa venue à l’audience, le solde le lendemain. Un code avait été décidé pour que le faux témoin, incarcéré à Saint-Maur (Indre) depuis sa condamnation à 20 ans de réclusion pour un homicide, soit sûr que sa compagne avait touché la première moitié de la prime. L’un de ses cousins devait s’asseoir à une place précise parmi le public. Comme il y était, le témoin marron a levé la main droite, juré devant les magistrats impassibles. Le lendemain, les policiers arrêtaient sa compagne à l’aéroport de Marignane alors qu’elle se faisait remettre le solde de l’argent dû. Six personnes ont été mises en examen dimanche et l’enquête en flagrance pour le faux témoignage a été communiquée à toutes les parties, lundi, à la reprise du procès de Federici.

 

La défense a hésité à demander un renvoi du procès, ou l’audition des personnes concernées. Après avoir lu attentivement la retranscription des écoutes accablantes, elle a préféré renoncer. L’avocat général a réclamé la perpétuité, avec une période de sûreté de 22 ans. Le faux témoignage n’a pas dû inciter les jurés à la clémence. L’assassinat le matin même d’Antoine Sollacaro non plus. Ange Federici a été condamné à 30 ans de réclusion dont 20 ans de sûreté.

 

 

 

PS : Je remercie AaA (un lecteur du blog) de m'avoir signalé un problème sur mon article concernant notamment les évènements du 1er octobre, il semblerait que Nizar n'ait pas été interpellé ce 1er octobre mais bien avant le jour même de l'assassinat d'Yves Manunta. J'ai donc retiré ces infos erronées. Merci à lui.  Et pour répondre à une de ces interrogations, les initiales je les utilise pour ne pas alourdir mon "récit" de noms maintes fois répété et/ou parfois effectivement aussi quand je parle de personnes assassinées dont les liens avec le grand banditisme ne sont pas vraiment avérés.

 

(Sources : Le Monde ; Corse Matin ; Alta Frequenza  ; L'Express)

 

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Published by Desmoulins - dans Le milieu Corse
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