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15 novembre 2009 7 15 /11 /novembre /2009 19:45

Le S.R.P.J d'Ajaccio résumait ainsi la difficulté de la tâche dans sa note de 1992,
" Souvent soupçonnées, dénoncés anonymement, quelquefois à la suite d'affaires marquantes, interpellés, le plus souvent remis en liberté faute dé preuves et de témoignages, ils
e sentent invulnérables et font, pour certains, régner la terreur dans toute la Haute Corse, où ils volent, pillent, menacent, rackettent, sans jamais qu'une plainte ne soit déposée."
Deux procédures permettent d'illustrer encore cette difficulté :
Un vol à main armée commis le 4 novembre 1988 à Pietralba (Haute Corse)
Cinq individus lourdement armés (lances?roquettes, fusils mitrailleurs ...) et cagoulés attaquent un fourgon blindé de la société SECSO qui revient d'une collecte de fonds en Balagne. Ils dérobent plus d'un million et demi de francs.

Rapidement les trois convoyeurs avouent qu'il s'agit d'un simulacre d'agression et ils dénoncent les organisateurs et acteurs de l'opération : Guy et Gilbert VOILLEMIER, François SANTUCCI, Francis GUAZZELLI, Christian LEONI, et Joêl PATTACHINI.
Les frères VOILLEMIER et GUAZELLI peuvent être arrêtés. Ils nient les faits.
Dès le 22 novembre 1988, le juge d'instruction met en liberté Gilbert VOILLEMIER et François GUAZELLI qui "prouvent" par des témoignages qu'ils n'ont pas pu participer à l'agression.
LEONI est interpellé le 19 mars 1989 et incarcéré. Les convoyeurs se retractent. Le juge d'instruction ordonne la remise en liberté de LEONI et de Guy VOILLEMIER dès le 16 mai 1989.
Le 19 juillet 1989, la chambre d'accusation de Bastia ordonne le maintien de la détention provisoire du second mais confirme la mise en liberté du premier.
Le 23 octobre 1989, le juge d'instruction ordonne la mise en liberté des trois convoyeurs. Ses décisions sont confirmées par la chambre d'accusation le 22 novembre 1989.

Finalement, après correctionnalisation, le tribunal de grande instance de Bastia condamne Guy VOILLEMIER et PASTINI à trois ans d'emprisonnement ferme, les trois convoyeurs à deux ans d'emprisonnement ferme, et ce, par jugement en date du ler juillet 1997.
Les médias insulaires n'ont accordé aucune attention à cette condamnation ...
Vol à main armée avec prise d'otage commis le 10 septembre 1992 à Cardo
Le 10 septembre 1992 deux individus cagoulés et armés interceptent près de Cardo (Haute Corse) le véhicule à bord duquel ont pris place M. GIORDANI, convoyeur de fonds au service de la société TRANSBANK et son épouse.
Les malfaiteurs prennent Mme GIORDANI en otage et ordonnent à son mari de procéder normalement à sa tournée de collecte de fonds et de leur livrer le fourgon à la fin de ses opérations après avoir éloigné ses collègues.
Le convoyeur s'exécute. Les auteurs des faits emportent un butin de 3 millions de francs.
Un gendarme en permission, témoin de la fin des faits, identifie formellement l' un des deux auteurs comme étant Michel CHIAPPALONE.
Dès le ler décembre 1992, estimant que "le témoignage ayant mis en cause CHIAPPALONE n'avait pas montré au cours de la reconstitution toute la force probante souhaitée", le juge d'instruction ordonne la mise en liberté de l'intéressé.

Après différents épisodes procéduraux, qu'il serait trop long d'évoquer, l'affaire est correctionnalisée.
Michel CHIAPPALONE est condamné par jugement en date du 8 juillet 1997 à cinq ans d'emprisonnement. Mais le tribunal ne décerne pas de mandat à l'encontre du condamné.
Le 10 mars 1999 la Cour d'Appel de Bastia confirme la condamnation.
Michel CHIAPPALONE, directeur salarié et en réalité gérant de fait du café "PALAIS DES GLACES" à Bastia prend la fuite.
Il n'a pas été retrouvé à ce jour.
Le 25 mars 1990 un hold up présenté par beaucoup comme "le casse du siècle"
est commis 8, rue du Rhône, à Genève, au préjudice de L'UNION des BANQUES SUISSES (UBS)

Quatre hommes neutralisent le concierge et un salarié, déconnectent le système de sécurité et vident les coffres. Ils emportent une somme globale de 31 millions de francs suisses, soit 125 millions de francs français.
Les autorités judiciaires suisses dénoncent les faits aux autorités judiciaires françaises, des soupçons pesant sur des citoyens français, dont certains d'origine corse, susceptibles d'appartenir à la "Brise de Mer".

 

Au milieu des années 80 les temps changent

 

Ses membres ont renoncé aux actions spectaculaires en Corse, après avoir largement investi le tissu économique local mais en conservant une "force de frappe" dissuasive et convaincante.

II convient de noter que, depuis 1985, le secteur de transport de fonds a considérablement évolué avec l'irruption de "BASTIA SECURITA" comme cela sera évoqué plus loin.
Mais au delà du recul des opérations les plus spectaculaires, il est incontestable que les activités du banditisme de Haute Corse restent intenses.
J'ai déjà fourni les chiffres concernant la criminalité de sang et la multitude des règlements de comptes ; j'ai déjà analysé les attentats et noté que les commerçants constituaient la grande majorité des victimes de cette violence.
Parmi les dernières manifestations de cette vitalité du banditisme local, la tentative de racket commise à SARTENE le 3 juillet 2000 au préjudice d'un restaurateur.
Le 4 juillet, les services de gendarmerie, alertés par le commerçant, interpellaient _ , cinq individus arrêtés en possession d'armes, de cagoules, de clés correspondant à un véhicule volé. .

Francis MARIANI, Pierre Marie SANTUCCI, Maurice COSTA, originaires de Haute Corse et fort célébres, Alexandre CHEVRIERE, renvoyé devant la Cour d'Assises de Paris pour sa participation au hold up commis le 25 mars 1990 à l'encontre de l'UBS de Genève et Eric MORAND, les deux derniers résidant habituellement à Marseille, étaient mis en examen par _M. CAMBEROU, juge d'instruction à AJACCIO pour tentative d'extorsion de fonds en bande organisée, association de malfaiteurs et infraction à la législation sur les armes. Ils étaient écroués.
Le 7 juillet, le commerçant dont les déclarations avaient permis l'interpellation des malfaiteurs, faisait paraître un communiqué désespéré dans la presse locale, pour tenter d'expliquer qu'il était étranger à l'affaire.
 

Les membres de la Brise de Mer ne se sont plus enfermés dans les secteurs traditionnels du banditisme, (V.M.A, machines à sous, drogue, prostitution etc.) mais ils ont investi leurs butins dans les secteurs de l'économie traditionnelle.
Leur pénétration a été facilitée par la pénurie de capitaux qui caractérise la situation locale. Le financement officiel y est difficile.
Celui qui dispose d'un capital important, immédiatement disponible et d'une "logistique" peut faire d'énormes dégâts.
Les mêmes individus n'ont pas limité leurs investissements à la Corse. Ils ont opéré aux plans national et international, utilisant toutes les facilités offertes par les circuits internationaux, et les faiblesses de nos structures internes.

Si la lutte contre les manifestations violentes de ce banditisme local reste une priorité, nous devons l'attaquer sur le terrain qui est désormais le sien, celui de la conquête et du contrôle de l'économie locale, étant encore rappelé qu'il n'y a pas "de chef d'orchestre occulte", mais une multitude d'intervenants qui peuvent connaître des solidarités ponctuelles.

 

Source : entretien du journal Le monde avec Jacques Follorou datant de mars 2000

 

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Published by Desmoulins - dans Le milieu Corse
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