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22 février 2010 1 22 /02 /février /2010 14:14

Goldman Sachs serait un lauréat parfait pour un prix Nobel du cynisme (Prix qu’il faudrait inventé d’ailleurs) voire de le fraude si seulement leurs agissements étaient illégaux.

L'affaire des comptes truqués de la Grèce ne fait que renforcer ce sentiment.

Le point de départ de cette nouvelle « affaire grecque » est un article du New York Times paru dans son édition du dimanche 14 février. L’article explique comment la banque d’affaires Goldman Sachs, a monté en 2001-2002, pour le compte de la Grèce, une opération de "cross currency swap" (*) destinée à diminuer artificiellement d’un milliard d’euros le montant de dette publique.

 

 

Il y a trois mois, le très sûr de lui patron de Goldman Sachs, Lloyd Blankfein, vantait encore les mérites de sa firme en assurant qu'elle permettait à ses clients et à ses banquiers de s'enrichir et de réaliser leurs ambitions. Ajoutant sans complexe qu'il accomplissait « le travail de Dieu ». Mais ces derniers jours, les pratiques de la banque qui trône sur le toit du monde financier suscitent de nombreuses interrogations.

 « Ce serait un scandale si les mêmes banques qui nous ont poussés au bord du précipice, avaient aidé à falsifier les statistiques de la Grèce », a vigoureusement réagi la chancelière allemande, Angela Merkel, jeudi. La ministre française de l'Économie, Chistine Lagarde, est restée plus mesurée. « Il faut savoir si cela a été du maquillage de comptes et si cela a été légal ou pas à l'époque où cela a été fait », a-t-elle déclaré jeudi dernier. Et si ce montage était légal, « il faut s'interroger pour savoir s'il était propice pour la stabilité, probablement non, et dans ce cas-là, comment on peut éviter [...] que cela se reproduise ». Eurostat, l'office européen des statistiques espérait obtenir vendredi des informations de la Grèce concernant ces opérations, mais leur analyse prendra du temps, a déjà assuré son porte-parole. En tout cas, le recours à des produits dérivés a permis à des pays européens de se surrendetter.

 

Le plus intéressant est qu’Eurostat a validé la plupart de ces tours de passe-passe budgétaires. D’ailleurs, le fameux swap de 2001-2002 a permis de réduire le montant de la dette grecque tout à fait légalement. Mais, depuis, les règles ont changé et se sont durcies : « depuis 2004, on ne peut plus réduire ainsi son déficit et sa dette », explique un porte-parole de la Commission. « Avant, cela allait à l’encontre de l’esprit du traité, même si cela n’allait pas à l’encontre de sa lettre ». Bref, Goldman Sachs n’aurait fait que mettre son savoir-faire à la disposition d’un pays qui cherchait à réduire l’affichage de sa dette.

 

Concrètement, selon les presses allemande et américaine, en 2001, Goldman Sachs aurait aidé Athènes à masquer 1 milliard d'euros de dette en recourant à des swaps de devises. La banque a permis au pays de lever de la dette en devises, ensuite convertie en euros à un taux de change avantageux, lui permettant d'obtenir plus de fonds qu'elle n'en inscrivait dans ses comptes. Selon le « New York Times », les équipes de Goldman Sachs auraient de nouveau offert leurs services à la Grèce en novembre dernier, cette fois pour différer dans un avenir très lointain le coût du système de santé du pays.

Goldman Sachs coupable d'avoir aidé la Grèce à falsifier ses comptes ? Le dieu de la finance semble s'être transformé en diable. La banque américaine était déjà accusée d'avoir fait fructifier le juteux marché des subprimes entre 2004 et 2006. Avant de s'en retirer massivement puis de parier sur sa chute en 2007, gagnant au passage plusieurs milliards de dollars. En 2008, elle a été soupçonnée d'avoir précipité la chute de sa grande rivale Lehman Brothers en vendant massivement à découvert des actions de la banque déchue. Cette-fois, l'« affaire » va au-delà du monde financier, puisqu'elle touche directement les États qui ont sauvé le secteur bancaire d'une faillite généralisée. Goldman Sachs suscite tous les fanstasmes. Nombreux sont ceux qui voient dans le leader mondial des marchés financiers un créateur de bulles qui les fait exploser, raflant deux fois la mise.

L’indignation du chœur des vertueux fait sourire les économistes un rien sérieux : « habiller sa comptabilité, c’est un classique à la fois pour les États et pour les entreprises », juge l’un d’eux. Cela a été le cas dans les années 90 lorsque les États européens cherchaient à se qualifier, c’est toujours le cas aujourd’hui

Le Royaume-Uni, le Portugal et l'Italie auraient également réalisé le même type de montage, mêlant ainsi d'autres grandes banques d'affaires comme Morgan Stanley, Barclays ou Lehman Brothers avant sa disparition. N'oublions pas que la Grèce a souscrit nombre de ces produits à la fin des années 1990, juste avant d'entrer dans la zone euro, en 2001. Il lui fallait à l'époque assainir ses comptes à tout prix.




*

La Grèce émet un emprunt de dix milliards de dollars (ça aurait pu être du yen ou du franc suisse) en plusieurs tranches d’une durée de 15 à 20 ans, emprunt que Goldman Sachs a été chargée de changer en dollars avec les euros fournis par la Grèce. Elle le changera à nouveau au moment du remboursement en euros. Le problème est que le change ne s’est pas fait au taux du marché, mais à un taux artificiel, ce qui a en fait permis à Goldman Sachs de prêter de l’argent à la Grèce sans que cela n’apparaisse dans les statistiques. Par exemple, si l’euro est à 1,35 dollar, la Grèce doit obtenir 7,4 milliards d’euros pour 10 milliards de dollars levés. Mais si Goldman Sachs applique un taux plus favorable au moment de la conversion, la Grèce pourra obtenir par exemple 8,4 milliards d’euros. En réalité, c’est donc Goldman Sachs qui lui prête un milliard d’euros en toute discrétion (l’emprunt étant enregistré à la valeur du marché) et bien sûr contre rémunération (en l’occurrence autour de 300 millions d’euros). Goldman Sachs s’est évidemment couvert contre le risque, grâce à des CDS (credit default swap) auprès d’un établissement allemand, Deutsche Pfandbriefe Bank (Depfa) à hauteur d’un milliard d’euros sur 20 ans. La Grèce a eu plusieurs fois recours à d’autres types de comptabilité inventive, par exemple en nantissant les taxes d’atterrissage ou les revenus de la loterie nationale, ce qui permet de classer ces revenus dans la catégorie vente et non emprunt (cela s'appelle titrisation).

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Published by Desmoulins - dans Economie
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