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18 février 2011 5 18 /02 /février /2011 18:13

Depuis plusieurs années maintenant, ce sport millénaire japonais est en proie aux scandales et autres troubles divers attenant à ces lutteurs et à ses heyas (écoles de sumo), parfois plus des peccadilles qu’autre chose mais ou le zèle moralisateur au sein même de la NSK (Nihon Sumo Kyokai : la fédération japonaise de sumo) et des médias nationaux et internationaux poussent la fantasmagorie et parfois même l’hypocrisie à son paroxysme (rappelant les plus grandes heures du journalisme et le dopage sur le Tour de France). Comme si à l’instar d’autres sports on découvrait que les sportifs vertueux n’existaient pas, même dans le Sumo, et à qui on veut prêter de hautes valeurs morales mais où l’idée de rédemption est fortuite, est-ce logique ?

 

Le Tournoi de Mars prochain a été annulé (une première depuis 65 ans) à cause d’un scandale sur des matchs truqués, une investigation qui concernait les matchs de baseball et qui a dérivé vers le milieu Sumo après la découverte de mails et de conversations (textos) téléphoniques, Les faits sont situés entre mars et juin de l'an dernier, je reviendrais sur ces fait plus loin dans l’article.

 

En regardant en détails ces différents scandales, on distingue qu’elles n’ont souvent aucun lien avec la pratique même du Sumo, ces pseudos révélations semblent déballées parce que le Sumo est un sport qui a cultivé parfois une culture du secret, non pas par tromperie même plus par tradition et que forcément les suspicions vont bon train. Il n’est pas question d’adopter l’attitude des trois singes de la sagesse néanmoins la pondération est de mise.

Tout cela découle t il d’un pur problème structurel ou à un problème sociétal ?

 

L’ex Yokosuna Asashoryu en est un exemple assez typique, de cette course à la morale que se livraient les médias du monde entier et la fédération de sumo japonaise.

Ceux qui suivent le Sumo et j’en fais partie, connaissent bien ce lutteur Mongol, arrivé à l’année 2001 en division makuuchi (la 1ère division du Sumo) et qui a véritablement bousculé les règles établis sur le dojo par les énormes (par la taille et le poids surtout) lutteurs Américains Akebono et Musashimaru. Un « petit » trapu devenu en deux ans (mars 2003) un Yokozuna, enchaînant les performances de haute volée, régnant sans partage sur sa discipline.

De 2003 à 2007, il est quasi imbattable tout en défrayant un peu la chronique disciplinaire en ayant eu par deux fois un comportement anti-sportif à l’encontre de Kyokushuzan, il est même disqualifié lors du tournoi de juillet 2003 pour lui avoir tiré les cheveux lors d’un combat.

Un comportement qui est peu habituel chez les sumotoris il est vrai.

 

Un caractère bien trempé

 

L’année 2007 sera l’année où il devra se défendre de multiples attaques, contre les diffamations d’un journal à sensation japonais l’accusant de payer ses adversaires pour les faire perdre face à lui, il gagnera le procès (ou une trentaine de lutteurs et la NSK avait aussi porté plainte contre le magazine) en mars 2009.

En août 2007, Akinori Asashōryū est sanctionné par la NSK avec une interdiction de participer au tournoi d'automne en septembre et à celui de novembre et une baisse de 30 % de son salaire pendant quatre mois, pour avoir simulé une blessure aux ligaments l'empêchant de prendre part à une tournée caritative au Japon alors que dans le même temps il disputait un match de football de gala en Mongolie. Il s'agit de la plus sévère sanction prise par la JSA à l'encontre d'un yokozuna depuis la mise en place des grands tournois professionnels il y a quatre-vingt ans.

 

Les sanctions prises à son encontre agacent même certains médias japonais à l’époque et qui n’hésiteront pas à parler de « crise du sumo ». Sa vie privée fait la Une entre 2007 et 2009, reconnu coupable pour fraude fiscale, un divorce…et la NSK ne lui lache pas la bride, il gagnera encore 6 tournois durant cette période mais un dernier fait divers va le pousser vers la sortie, une banale bagarre dans une discothèque début 2010 qui fera les choux gras de toute la presse internationale avec les raccourcis les plus navrants sur le Sumo, preuve encore que l’éphémère et l’accidentel sont aujourd’hui considéré comme la substance unique de l’information, les tenant et aboutissants, le contexte sont dépeints en deux lignes et encore souvent pour mieux faire passer les vessies pour des lanternes.

Asashoryu annonce sa retraite (intai) anticipant (ou pas d’ailleurs) la sanction de la NSK.

En marge, d’autres lutteurs ont eu maille à partir avec la discipline et le zèle de leur fédération ces dernières années, des lutteurs, gaijin (étrangers) qui plus est, sont exclus après avoir été  accusés d’avoir consommé du cannabis, un de ces lutteurs le russe Toshinori Wakanohō est d’ailleurs derrière les accusations envers une trentaine de lutteurs sur la pratique des « pot de vins » (yaocho) entre lutteurs.

L’Ozeki Kotomitsuki lui se fera épingler en mai 2010 (avec 18 autres lutteurs et entraineurs de sumo) sur des paris illégaux sur les matchs de baseball orchestré par les Yakuzas.

C’est par ailleurs via cette enquête que le dernier scandale a éclaté la semaine dernière, plus d’une dizaine de combattants (qui officiaient alors en Juryo, la 2ème division de sumo).

 

Le Yaocho

 

L’expression « faire du yaocho » signifie plus ou moins faire de la magouille (ce n’est pas la traduction littérale), un autre terme existe dans le sumo pour décrire une situation analogue, celui de 'ninjo-sumo', « sumo de sympathie », qui signifie perdre à dessein par compassion pour la situation de son adversaire du jour. Mais le yaocho tel qu’on peut le « connaître » dans le monde du Sumo ces dernières années semble plus être lié à l’argent qu’à la simple empathie même si probablement des cas de « ninjo-sumo » doivent aussi exister.

 

L’existence du yaocho choquerait plus aujourd’hui qu’avant ? Pourquoi ? Cette pratique très marginale qui plus est, a plus d’un siècle d’existence, à quand un article sur les forçats du sumo ?  Oups je pense que ça déjà été fait en fait…. Il est sûr que la vie dans une école de Sumo n’est pas des plus simples, on est soumis à une forte autorité et à un entraînement intensif et en quasi huis clos. L’usage de stupéfiant, les brimades sont des corollaires exclusifs du monde du Sumo ?  Assurément non !

 

Le dernier scandale est directement lié à cette pratique mais n'aura pas de conséquences pénales car pas considéré aux yeux de la loi comme criminelle (aucune liaison avec la pègre). Les textos incriminés parlent d'échanges de bons procédés ("il me doit une victoire", etc) et pour certains scénarisent la manière dont le combat va se dérouler. La police aurait comparé le déroulement des combats en cause et les scénarios énoncés colle parfaitement.

 

13 personnes seraient impliquées, dix noms ont été divulgués par voie de presse et ont été convoqués par la NSK et risque très probablement l’exclusion, 12 de ces lutteurs se trouvaient en Juryo (2ème division) à l'époque des faits.

La NSK frappe fort car dès lors que le yaocho n’était pas connu véritablement du grand public. Disons en tout cas que cette pratique n’avait jamais été mise en évidence dans une enquête de police, car il est probable que les fans de Sumo connaissaient certainement le yaocho ainsi que son extrême marginalité. La fédération détournait quelque peu le yeux et a laissé faire, maintenant elle ne le peut plus.

Elle doit frapper fort pour faire bonne figure non ? 

Cela rappelle d’autres méthodes pitoyables de certains dirigeants de foot en Europe ou du scandale du dopage dans le cyclisme, mais restons dans le sujet.

Le ministre des sports japonais menace de supprimer le statut d'association d'utilité publique à la NSK, qui entraînerait alors sa dissolution.

Beaucoup d’amateurs de Sumo pensent aujourd’hui qu’il est inévitable que la NSK prenne des mesures proportionnelles à ses décisions passées (à la limite de la gabegie concernant le yaocho). On parle déjà d’une remise en question totale du système voire même de l’exclusion de la majorité des rikishi (lutteurs) des deux premières divisions car le problème c'est que désormais le doute est permis pour tous ceux qui assistent aux bashos, pour chaque combat. C'est une question d'image, de crédibilité, le phénomène (je le répète marginal) a été mis à jour par une investigation policière, la NSK ne voudra pas faire preuve de mansuétude.

Aujourd’hui, les fans de Sumo sont inquiets pour l’avenir de leur sport, un tournoi annulé, peut être d’autres bientôt....... Le sumo survivra t il au long processus de rédemption ?

On ne peut qu’espérer des jours meilleurs et rien d’autre.

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Published by Desmoulins - dans Sport
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