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23 décembre 2016 5 23 /12 /décembre /2016 18:19

L’histoire d’Andre «Mean Machine» Brilleman est tristement banale. Un gamin élevé dans la loi de la rue, un jeune turbulent qu’il fallait canaliser afin de l’empêcher de faire des conneries plus grosses que lui. Un homme qui vivra à cent à l’heure et qui cherchait – sans doute – à mourir avant d’être vieux. Et en effet, il a réussi. Récit d’un grand talent du kickboxing mondial, grillé au firmament.

Brilleman est né en 1959. Il est le plus jeune des trois enfants de Hermanus Brilleman un Juif amstellodamois et de Violette Bardelli, une française. Il grandit dans la rue JM Kemper à Staatsliedenbuurt, un quartier chaud du nord-ouest d’Amsterdam. Dans la rue, il est bientôt surnommé Pipo, parce qu’il est toujours en train de faire le fou (j’avoue ne pas avoir compris la référence à Pipo). Le gamin pratique divers sports dont le football, mais surtout le judo, le karaté et d’autres sports de combat. Au cours de sa jeunesse, « Mean Machine » commence à faire parler de lui dans les milieux sportifs grâce à ses résultats impressionnants comme kick boxeur. Et sa réputation dès l’adolescence attire les convoitises du milieu criminel local. Il commence à s’entraîner dans la fameuse salle Mejiro Gym, la plus prestigieuse d’Amsterdam à l’époque  (basée sur le modèle de la salle homonyme de Tokyo). C’est dans cette salle qu’il rencontre son futur employeur : Klaas Bruinsma aka «Le Prêcheur» ou «le Révérend». Un gros dealeur de Haschisch qui recherche des gardes du corps.

Andre Brilleman

Andre Brilleman

La salle Mejiro Gym, la pépinière du crime des années 80

À la fin des années 70, les combattants néerlandais sont dans le gratin européen que ce soit dans le Karaté, Muay-Thai, Full Contact, Kick Boxing et autre Pencak Silat. Justement, le club « Mejiro Gym » en est le porte-étendard avec des champions comme Rob Kaman et Fred Royers sous la direction de Jan Plas. Mais les policiers hollandais connaissent surtout ce club pour ses liens avec le crime organisé. Dès la fin 78, André Brilleman commence à travailler pour Bruinsma comme portier dans son club, le Flora Palace. Il est l’un des premiers d’une longue lignée de combattants hollandais qui se mettent au service du crime organisé local. Dans le même temps, le franco-hollandais mène de front sa carrière sportive. Il combat aux USA, au Japon et en France. En 1981, du fait de son origine juive, il participe aux Maccabiades en Israël. Il y gagne une médaille d’or avec l’équipe batave de karaté.

Klaas Bruinsma

Klaas Bruinsma

Sportivement parlant, Brilleman n’est pas un combattant très souple mais il excelle sur les low-kicks. À vrai dire, c’est surtout sa combativité sans faille qui est sa marque de fabrique. Son combat le plus mythique et le plus controversé est celui contre le Thaïlandais – Fanta Attapong –  le 11 juin 1982 à Paris (https://www.youtube.com/watch?v=zv9Pytt0cQs). La plupart de ses combats sont visibles aujourd’hui sur YouTube.

La confiance s’installe entre Brilleman et Bruinsma. Ce dernier va lui confier une mission de haute importance. Il lui demande de liquider son concurrent : Hugo Ferrol, un dealeur espagnol. Il sera aidé par un autre sbire de Klaas, Alexander Marianovic. Une première tentative a lieu le 2 février 1982, mais elle échoue. Une seconde est mise en place en juillet de la même année. Sauf qu’au lieu d’obéir à leur chef, les deux loustics Brilleman et Marianovic vont organiser une fausse exécution en accord avec Ferrol. Une reconstitution de meurtre, photos à l’appui. On envoie 3 polaroids de Ferrol couvert de ketchup et on les envoie à Bruinsma pour lui faire croire que le boulot a été fait. Idée fumeuse dont on se demande comment elle a pu germer. Et tout ça seulement pour 150 000 florins chacun ! Évidemment, la supercherie ne prend pas. Ce crétin de Ferrol continue à se balader à Amsterdam devant tout le monde près de 2 semaines après l’annonce de sa mort. Bruinsma a vent de l’affaire et sa réponse sera expéditive. Marianovic est abattu.
On me trompe une fois, pas deux

André obtient un sursis de la part de son boss. Ainsi, il peut continuer à vivre et à se battre. En avril 1984, il met au tapis le légendaire américain Howard Jackson pour le titre mondial WKA des poids moyens. Mais, il faute une seconde fois (même si certains pensent que Bruinsma lui a fait payer la note pour Ferrol avec 3 ans de retard). Cette fois-ci, on l’accuse d’avoir piqué dans la caisse du boss (argent ou drogue, les versions divergent) alors que celui-ci purge une peine de prison. Un crime de lèse-majesté qu’il va payer au prix fort. Brilleman est devenu papa depuis 6 mois. Sa fille est hospitalisée et il se rend à l’hôpital avec sa petite amie. Nous sommes le 30 janvier 1985.

En sortant de l’hôpital, il est attiré sur un parking de Schiphol par un ami, Evert T. (qui selon la rumeur l’a vendu en échange de l’annulation de sa dette de 900 000 florins auprès de Buinsma). Tout ça sous un faux prétexte. On ne le reverra pas vivant. Le 23 février 1985, son corps est retrouvé. Enfin son corps… juste une partie. André a été tronçonné et son tronc placé dans un baril rempli de pétrole puis jeté dans le fleuve Waal (on n’a jamais retrouvé ses jambes). Des traces de tortures sont visibles (sexe tranché, multiples coups de battes) ainsi que 6 impacts de balle dans la tête. Une fin horrible. C’est son frère et son ex entraîneur – Jan Plas – qui identifient le corps à la morgue. Brilleman avait seulement 26 ans.

Aujourd’hui encore, on ne connaît ni ses assassins ni les vrais commanditaires de l’attaque (Bruinsma est tantôt accusé par certains repentis et blanchis par d’autres). Pour l’anecdote, Bruinsma est abattu à son tour (le 26 juin 1991) alors qu’il est au sommet de sa puissance. Tragique ironie. Pour les observateurs du kickboxing, Brilleman aurait pu faire une carrière à la Kaman ni plus ni moins, il serait devenu une véritable légende, seules restent ces quelques vidéos de ses combats et quelques vagues souvenirs des connaisseurs sur les forums de nostalgiques des pionniers du kickboxing.

Dans le film néerlandais « Le révérend » (sorti en 2004) qui parle de la vie de Klaas Bruinsma, le nom d’André Brilleman a été changé en Adri Slotemaker, une ultime insulte au champion. High Kick de fin.

 

Article publié le 17 novembre 2014 sur Outsider Mag

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Published by Desmoulins
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